°°Malice°°

Envie soudaine d'écrire, pour rien, pour dire, pour rire, pour sourire

30 octobre 2009

bidule machin chose

J’ai la sensation que mon visage se décompose. Plus je le regarde, moins il existe. Alors j’insiste. Je pousse ce visage dans le vide. Je le fixe, je le pousse. J’attend. Lentement. La bouche s’affaisse et se détache, les yeux s’envolent, le nez se ratatine, les oreilles se détachent. Mon visage s’éparpille dans toutes les directions. Il n’existe plus. C’est moi qui fais ça. Il me suffit de m’arrêter devant un miroir, et je décompose. C’est une fascination. C’est fascinant de se regarder partir, dans l’immobilité la plus totale. Je sais que c’est malsain. Se détruire méticuleusement. Ça ne pardonne pas. On commence sans doute par le visage, et ensuite... Je sais, c’est sans fin. J’aime ça. Le doux basculement vers le vide. Il y a cet instant, celui où tout éclate dans le rien. Un pincement. 

Tout réapparaît.

C’est normal. Il suffit de lever les yeux au ciel. Quitter le miroir. Fixer l’infini. Je m’incarne à nouveau. Mon visage se réinstalle dans sa laideur. Je peux la toucher. Ma misère est palpable. C’est normal. J’appelle ça ma certitude.

 

 

 

 

 

Un texte écrit pour un projet de texte encore plus grand!

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28 septembre 2009

Et si c'était vrai...

A moitié endormie, Sidonie se dit que sa tête ne se soulèvera plus jamais. 
Combien? Combien déjà?  
Elle essuie péniblement le coin de sa bouche. Son cerveau est trop lourd pour sa tête. Elle tente de se souvenir, mais tout s'empâte dans une masse informe. Le réveil fait entendre la Marche Turque. Sidonie rassemble doucement ses jambes contre sa poitrine, enfouit sa tête entre ses genoux. Puis elle s'étire sous les couvertures, fait dépasser ses pieds du lit. La Marche Turque l'agace à présent suffisament pour qu'elle se lève.
Une pantoufle pour chaque pied. 
Elle ouvre la porte de sa chambre. Son gros chien, débile et envahissant, comme elle le dit, vient lui lécher les chevilles. Tous les matins, elle se maudit de ne pas avoir adopté un chat. C'est juste qu'elle trouvait qu'être vieille fille c'était déjà une chose, alors un chat en plus... Sidonie sait que sa vie est un cliché. Elle ne veut pas en rajouter. C'est tout.
Elle est debout au milieu du salon. Le chien lui lèche toujours les chevilles. 
Combien? Combien déjà?
Sidonie est nue au milieu du salon, ses pantoufles au pied. Et elle ricane à l'idée que les voisins puissent la voir.
Elle fait traîner ses pieds jusqu'à la cuisine. Elle ouvre le réfrigérateur. Elle sort une brique de lait. Elle va chercher un bol et des céréales allégées. Elle s'assied. Tout en soutenant sa tête d'une main, elle verse les céréales, puis le lait dans le bol. Ça aussi ça la fait rire. Elle sait qu'elles ne servent à rien ces céréales. Elle continue à les acheter. Ça la fait rire.
Elle pourrait, en tournant légèrement la tête, contempler Toulouse et ses murs roses. Mais cette vue, et cette ville l'énervent presque autant que son chien. Toujours le même paysage, depuis toujours.
Combien? Combien déjà? 
Elle laisse le bol sur la table. La mémoire ne lui revient pas.
Sidonie promène son inquiétante nudité dans l'appartement. Elle doit prendre une douche. Rafraîchir son esprit. Désengluer ses souvenirs. 
Elle ôte ses pantoufles, puis entre dans la baignoire. Elle frotte son corps avec dégoût et amusement.
Combien? Combien déjà?
En sortant de la douche, elle se souvient. Hier c'était son anniversaire. C'était son anniversaire et c'était pareil qu'aujourd'hui. Pantoufles, chien et céréales. Et ce mal de tête qui ne la tue toujours pas.
Combien? Combien déjà? Ah oui. Huitante cinq.

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16 août 2009

Sans titre, sans signification et sans but

Peut-être que quelqu’un me suit et que je me retourne toujours trop tard. Cette odeur de peut-être me remplit d’une nausée bestiale. Un autre me suit. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas. Comme ce visage masqué par un parebrise. Flouté par la télévision. Mais je suis dans la rue. La télé est loin. Et le visage est flou.

Il me faut une autre certitude que celle de ce visage qui change autant que je suis.

Cette nausée qui habite mes peurs des destins individuels, qui se croisent pour mieux se narguer. J’envisage constamment de tout nier. Ma déception quant à l’essence profonde de la vie, mon besoin d’amour, mes regards fuyants, ma manie du moi à tout prix. Je comble toujours le vide en paroles roulantes. J’attends qu’on me gifle.

Il remonte lentement jusqu’à toi. Il tire la corde sous mes yeux effarés. Il t’attire à lui. T’embrasse en me regardant du coin de l’oeil. Le monde est ainsi. J’attends, la nausée au bord des lèvres, la fureur aux pieds.

Un jour on part. Et tout ne prend sens qu’à la fin. Quand on se couche à côté de Tristan pour mourir sous le drapeau noir. D’autres fois il suffit d’une chanson pour rompre la barrière des angoisses. Il n’y a que les autres pour chanter mon combat à être.

Je me reconvertis pour mes propres yeux. Pour vérifier que toutes les positions sont tenables. Et si elles sont tenables, toutes, si l’existence peut tout accepter, alors à cet instant seulement je crierai que je suis là. Devant vous. A attendre que vous fassiez comme moi. Créer un monde où tous les possibles macèrent.

Nous serions tous les autres.

Je dis ça, en même temps je m’en fous. Ma seule inquiétude est d’un jour me retourner assez vite. Et d’être déçue par cet autre qui cache sa face derrière le flou de la censure. Je ne suis que moi, qui préfèrerait penser que l’autre est possible plutôt que de me résoudre à comprendre que je ne suis qu’une. Une fille qui espère.

J’ai peur.

J’ai peur de ce qu’on attend de moi. Car plus je me construis, plus il m’est difficile de me déconstruire. Un jour on part. C’est le seul moyen. On part pour voir ailleurs si on y est aussi. On rencontre des doubles. On se rassure car ils ne sont pas tout à fait nous. Mais ailleurs c’est toujours soi qu’on finit par revoir. Peut-être dans un avion.

Voilà pourquoi la fatigue est un mal. Je me fatigue d’être fatiguée des autres.

Tout le monde me suit toujours et je me retourne constamment pour vérifier que ma jupe ne s’est pas coincée dans ma culotte.

Les autres sont les garde-fous de mon être, follement épris de lui-même et qui s’invente des amants à aimer et à détester, à tour de rôle, ou alors tout en même temps. J’attends la rupture. Par simple goût du saugrenu.

Et puis je m’exaspère continuellement de l’oeuvre du temps qui passe. Ce qui nous tue finit toujours par nous laisser vivre. Ce qui nous fait vivre finit toujours par mourir à petit feu.

De toute façon, ces réflexions lunaires ne servent à rien. Parce que je finis toujours par me lever pour aller déjeuner, dans un état second, pour ensuite me doucher et aller faire ma journée tout autant vraie que mon cerveau fatigué. Je m’invente un malaise pour me faire croire qu’il y a des réponses à ces questions sorties du néant.

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23 mai 2009

La chute

Le début de quelque chose encore indéterminé

Je tombe. Aussi violemment qu’on peut le dire. Sur la pierre de mes désirs. Ecrabouillés. Oh! Mon ventre immonde et flasque qui ne rebondit jamais. Toujours je haïrai ces méches grasses qui font glisser mon peigne et encadrent mon visage d’une triste rouillure. Et mes doigts qui cachent dans leurs plis de petits poils. Je tombe dans toute mon essoufflante laideur. Du haut de la tour qui s’est toujours moquée de moi. Tomber. Montrer mon cul à tous les passants. Aujourd’hui, c’est moi qui écrase.

Je n’ai pas particulièrement l’esthétique de la mort. J’ai à coeur l’esthétique de la rencontre.

Je promenais souvent mes tâches de rousseur sur les chemins de campagne. Les gens qui ont des chiens sont gentils, une fois sur cinq. Et les chiens m’aiment bien. C’est vrai. Parfois, leur bave sur mes cheveux. J’aime bien. Il n’y a que leurs maîtres qui me mordent. Leurs longues dents jaunes et leurs oreilles giroscopes. J’ai peur. Ils regardent mon ventre. Ils veulent le percer. Quel jus peut-il bien contenir? Et quelle odeur? Quelle odeur peut bien avoir le jus de roux? Ils rôdent autour de moi pendant que le chien fait diversion. Il me colle de bave. Je suis un gros timbre mal affranchi. La plupart du temps, je sens leur approche un peu trop frénétique. Les gens qui ont des chiens sont maladroits. Ils ont des envies, des instincts mimétiques. Mais ils ne savent pas quoi en faire. Je sens ces choses-là. Quand je me redresse, ils bredouillent pardon. Je dis pourquoi donc? Ils secouent non. Rien. Nous reprenons nos trajectoires antitéthiques. Ces gens ne me ressemblent pas, et je me demande bien pourquoi les chiens acceptent leurs caresses.

Mon esthétique de la rencontre est systématiquement mise à mal.

39798480

L'image vient de là: http://www.grafik77.canalblog.com/


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