°°Malice°°

Envie soudaine d'écrire, pour rien, pour dire, pour rire, pour sourire

26 février 2009

Liste de statuts facebook tout autant hypothétiques que narcissiques

- visage et envisage
- lit beaucoup
- danse sur Ting Tings
- apprend que le verbe aimer n'est pas performatif (selon son prof de linguistique)
- nettoie les touches de son MacBook
- va à des soirées slam
- organise des apéros dans la cuisine du BS
- se prépare trop à manger
- n'a pas faim
- laisse couler
- cherche un H dans la bibliothèque de l'uni
- prépare ses vingt ans
- regarde Scrubs
- marche au soleil sur du Andrew Bird
- attend Paris
- espère que c'est bien vrai, qu'elle pense à d'autres choses
- se marre avec Lydia au bordul
- attend que Daniel lui dise que ça ne sera pas une soirée de mâles poilus
- apprend son texte (aucune tragédie...)
- se demande si son prof se fait sa petite coiffure tous les matins
- fait des dessins sur le tableau noir de la cuisine
- se plie en deux de rire avec Sylvie, en pleurant, et tout
- attend de les voir samedi
- aime son bonnet orange
- surveille la liste des "participera" et des "participera peut-être"
- cherche une idée de déguisement
- attend les cd de Diane
- mangera pakistanais pour son nanni
- regarde un magnifique coucher de soleil
- oublie de saluer les gens, ça fait marrer Elise
- boit un verre avec Elise et constate que c'est JD, en fait
- écrit dans le train
- sait qu'un blog c'est ridicule, surtout quand c'est auto-référentiel à ce point
- souffre de déformation professionnelle et utilise trop de mots universitaire. Mauvais.
- réapprend

Posté par malice_shine à 20:44 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


10 février 2009

Qu'avez-vous à dire sur le monde?

EDIT: je mets la version définitive, un peu plus mieux bien quoi... :)

Cet article a pour sujet mon rapport au monde. Cet article n’a donc malheureusement pas de sujet.

Il n’y a pas si longtemps, on m’a demandé ce que je pensais du monde. On m’a même demandé d’écrire quelque chose à son propos. Le monde. Je ne connais pas de sujet plus dangereux. Comment prendre son stylo avec la volonté de s’exprimer sur le monde sans se retrouver avec des phrases pathétiques puant les restes de moisissure des révoltes adolescentes? Oh bien sûr, j’ai pris ma plume. Avec la certitude que ma prose allait être fulgurante et sublime. Comme un immense bain de lumière pour nos esprits trop tristes. Mais, sans même tricher sur la copie de mon voisin, j’ai écrit mot pour mot les mêmes banalités que lui.
Je n’ai rien à dire sur le monde.
Mon monde c’est ma petite chambre universitaire de neuf mètres carré, mon MacBook, mes cours de Lettres, où j’arrive avec mes écouteurs sur les oreilles, ma place au fond à droite, mes profs qui me parlent du monde des écrivains, des philosophes, tous autant morts les uns que les autres. On me résume leur monde passé en cinq leçons. Assimilé? Examen. On couche leurs idées sur papier. Quatre heures. Résultat?
Je pense que je pourrais vous parler plus longtemps du Monde des Idées que du monde.
Bien sûr, avec mes potes étudiants, on va dans des bars d’étudiants, remplis d’étudiants, on se prend une choppe. On se marre. On imagine ce que serait la vie de Platon dans notre monde. Le seul endroit où on le voit c’est devant son PC, se créant un double sur Second Life pour échapper à ce monde qui ne lui convient pas, déployant son univers virtuel et rassurant. Son monde des Idées. Voilà ce que c’est aujourd’hui, le monde des Idées: une connexion adsl. Pauvre Platon, toi aussi tu moisis!
Bien sûr qu’on parle du monde, autour de notre p’tite bière. On est des étudiants, on ne se prend pas pour n’importe qui. On a des discussions intellos non-assumées, ou le contraire. On parle du monde, on pose nos p’tites idées, on prend une grande gorgée, on amorce un p’tit débat, on s’engueule, on rit, on imagine, tout en affirmant le contraire, qu’on va changer le monde, on se moque de la p’tite pétasse à ceinture à paillettes, on reprend une grande gorgée. Quand on est beaucoup, on s’exalte et on parle de l’Homme, qui fout tout en l’air depuis l’aube des civilisations. Et puis, quand on est entre filles, on parle des hommes, au pluriel avec un petit h, qui entrent dans nos mondes et qui foutent tout en l’air, depuis l’aube de nos p’tits seins.
On aime cracher sur le monde, ça nous donne l’impression qu’il existe autant que nous. Si tout va mal alors rien n’est de notre faute, et la seule certitude à laquelle on a le droit de s’accrocher, c’est notre regard quand on se prend à rêver qu’un jour on s’envolera. On est tous des petits poètes du soir, on écrase toutes sortes de mots sordides à notre malaise générique.
Et puis parfois, quand on s’aperçoit que le monde ne nous offre plus assez de sujets de conversation, ou quand on conclut lassés que le scepticisme est la seule issue, on parle de choses encore plus abstraites... On parle de Dieu. Bizzarement, c’est toujours dans les débats où il n’y a rien à dire qu’on s’enflamme le plus. Mais on est là pour ça. S’énerver sur une question sans réponse, se contredire dans le vide est bien plus excitant que n’importe quelle autre discussion. En plus, c’est souvent dans ces cas-là qu’on reprend une tournée, alors...
Je ne veux pas écrire sur le monde. L’entreprise est tellement prétentieuse. J’ai un passeport suisse, je ne risque rien, aucune question n’est vitale.

Mais que l’on ne se méprenne pas sur mes intentions. Ceci n’est pas un pamphlet sur notre honnête bêtise estudiantine, non, cet article est une confession. Je vous confesse ma tragique incapacité à parler d’autre chose que de ce qui n’existe pas.

Posté par malice_shine à 00:39 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 février 2009

Les rides

J’ai toujours aimé me déguiser. Me “déparer”.
La maison est grande. Je crois que si j’arrivais à me représenter chaque pièce, ce serait déjà quelque chose. Le thé est froid. L’homme qui ne dort même plus avec moi est parti. Je suis seule, le thé est froid. J’aimerais n’avoir aucune éducation pour savoir danser toute nue dans le salon. M’asperger de champagne. Loisirs d’une société riche et désabusée. Je suis riche mais je termine mon thé, froid, pour ne pas le jeter.
Je m’étends sur un divan, au hasard, je passe une main dans mes cheveux. Ils sont fins. Je glisse dessus. A vrai dire je glisse toute la journée. De rêve en rêve, du lit à la salle de bain, d’une dent à l’autre, du beurre sur le pain, une main dans mes cheveux. De l’envie à l’ennui. Toute la sainte journée.
Blottie derrière les épais murs de l’ancienne demeure. Je blanchis, je pâlis. Je suis laiteuse. Fade. Opaline, m’a dit un jour un amant anonyme dans le secret d’une caresse sur ma tempe. En décomposition, oui.
Je fixe le plafond. Soupire. De mon index je poursuis une ride profonde, de mon nez à la commissure. Je les connais toutes par coeur. J’en ai quarante-trois sur le visage. Elles me rassurent. Je connais leur chemin. Devant le miroir il m’arrive de tendre ma peau.
Il en avait soixante-cinq, ça je m’en souviens. Je voulais les compter pendant qu’il dormait, mais son visage était si apaisé qu’il était parfaitement lisse. J’attendais de le faire rire, pendant nos thés mensuels dans la véranda. J’en comptais cinq ou six, je mémorisais, quelques jours plus tard je recommençais. Un jour, j’ai murmuré soixante-cinq. J’ai pris un petit bout de papier et je l’ai noté. J’ai caché le billet sous une statue de Buddah dans le salon. Il y est toujours; preuve que la femme de ménage fait mal son travail.
Je ne l’aime pas. La femme de ménage. Parce qu’elle est grosse. Très grosse. Quand elle vient je me cache. Elle me fait peur. Les gens gros m’ont toujours fait peur. Ils me fascinent. Je pense que c’est parce que je n’en vois pas souvent. Quand elle est là, je me mets derrière un canapé et je l’observe. Ses courbes sont effrayantes. Je rêverais de pouvoir la toucher. Mais je crois que cela ne se fait pas. Durant mes heures d’ennui, je la poétise. Je l’imagine génie de la lampe, danseuse dans un labyrinthe, récolteuse de mangues. C’est beau. Mais ça c’est quand je suis seule, il suffit que je la voie pour me souvenir et frissonner de peur.

Souvent, je me dis que je tourne folle. Je n’ai plus d’amant. Ils ont tous fuit. Alors je commande des tonnes de thés rares. Je me déguise en camionneuse. Je chante que mon mari revient les bras chargés d’envie. Je hurle Aime-moi! et je m’achète trois chats.
Un jour, j’ai couché avec le jardinier. Il avait seize ans. Il me murmurait des mots d’argot que je ne comprenais pas. Ça a tourné court quand la femme de ménage a débarqué. J’ai voulu la virer. Mais elle me fascinait trop. Alors j’ai viré le jardinier.


Posté par malice_shine à 23:18 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1